
EN EXCLUSIVITÉ SUR FLAMNET LE PRESIDENT DE L´AVOMM
OUSMANE ABDOUL SARR
EN TOUTE LIBERTÉ...
|
FLAMNET : Camarade, voulez vous vous présenter à nos lecteurs ?
OUSMANE SARR : Je suis né en 1957 à Dounguel de père ancien militaire de l´armée coloniale incorporé en 1938 à Mbagne il a servi à Fort Gouraud actuel Zouerate, Port Etienne actuel Nouadhibou avant d´être muté à St Louis, Thiès, Linguére au Sénégal mon père Abdoul Ousmane Sarr de Wending a toujours été mon modèle, Homme intègre, Foutanké dans l´âme, il m´inculqua très jeune les valeurs de droiture, d´humanisme et les préceptes du Saint Coran. Ma mère originaire de Kogga au Sénégal est fille de garde, c´est dire que mon goût prononcé du treillis militaire n´est pas fortuit ; il est presque héréditaire.
J´ai grandi à Linguére au Sénégal jusqu´à l´âge de 17 ans, où, bercé par une ambiance familiale exceptionnelle, j´ai vécu en enfant gâté, franchement dans un bonheur presque parfait. Mon père sera, à sa retraite en 1966, conseiller municipale de cette ville de Linguére, à sa mort il sera remplacé par ma mère, je pense que mon goût pour la politique trouve, peut être là, ses sources.
En 1975 après mon BEPC en poche, du vivant de mon père il souhaitait que je rejoigne sa patrie. Ainsi je fus accueilli par mes oncles et c´est franchement très enchanté que je débarque au Fouta d´abord, puis à Nouadhibou ou très rapidement je trouvais mes marques je travaillais comme réceptionniste à l´hôtel Sabah au temps de sa splendeur. En 1977 je fis l´école de la direction de la poste du temps de Mr Guissé Abou Dialel paix à son âme , je fis le tour des services , ennuiyé et attiré par l´ uniforme je fis le concours des sous-officiers du Génie il semble que ma promotion fut la seule , du génie à avoir accédé dans ce corps par voie de concours. Envoyé en Algérie je fis ma formation de deux ans à l´école d´application de l´infrastructure de Bejaia. En 1984 de retour à Nouakchott je fus affecté naturellement au génie militaire ; au bureau d´études ou je servis avec Le Lieutenant BA ABDOUL KHOUDOUSS, avant d´être affecté avec lui à l´Etat Major National avec mission de mettre en place le bureau infrastructures sous les ordres du Capitaine Kébé Abdoulaye Hachem, mon camarade, il sait pourquoi je le dis (rires) Je suis resté à ce poste jusqu´en 1987, le 22 octobre, date de mon arrestation ....
FLAMNET : L’événement c’est la chute du colonel-tyran, vous-attendiez- vous si rapidement à ce coup d’Etat et quelle lecture faites-vous de la situation ?
OUSMANE SARR : On ne peut pas dire après 21ans de dictature que sa chute fut rapide, sauf, bien entendu, si vous faites allusion à la prise du pouvoir, par les putschistes, qui s´est effectuée sans heurts, ni résistance. Notre pays, et c´est ma conviction profonde, avait besoin d´un coup d´état pour nous débarrasser de Taya .Quand on voit les premières réactions de l´après coup qui émanaient des USA, on comprend que le tyran était arrivé presque avec perfection à endormir toute la communauté internationale sur ses forfaits notamment en matière des droits de l´homme. Je me félicite qu´il soit renversé, « le roi est nu ». Renversé sans effusion de sang, j´aurais jamais pensé qu´il s´écroule comme ça, je réponds à la question.
Il me semble, quand on analyse bien les fondements de ce régime, il ne peut en être autrement qu´il était foncièrement bâti sur le mensonge, la triche, la peur, le chantage, la corruption, l´exclusion, des piliers bien fragiles qui expliquent qu´il pouvait tenir un temps, durer une période plus ou moins longue, mais qu´il pouvait aussi s´écrouler par le simple effet d´un souffle de vérité. Il a eu ce qu´il méritait, il a été emporté comme un vulgaire malfrat sans que quelqu´un s´apitoie sur son sort. Le plus mauvais, le plus criminel que notre pays ait connu, est pour le moment condamné à traîner ses valises, en attendant son inévitable extradition. Les Mauritaniens pleurent encore les centaines d´exécutions que ce régime ignoble a commises. Ceci étant dit je suis loin de tourner la page Taya même s´il est parti, son système est encore debout. Remplacé par le chef de sa police ! Alors nous attendons des actes forts qui montrent une réelle volonté de rupture avec le passé récent d´autant que la plus part des responsables aujourd´hui étaient très proches du dictateur déchu.
N´ayons pas peur des mots ; de graves présomptions de culpabilité pèsent sur l´équipe en place, à l´ AVOMM nous allons saisir le colonel Ely O/ Mohamed Vall pour lui signifier que dans son équipe il y´a des tortionnaires avec des preuves, elle était présente cette équipe. La police politique, les ateliers de tortures Dedahi sont encore là : le mal nommé « un des symboles de la répression ». Non, franchement je ne sens rien de nouveau, et je ne vois rien qui change pour le moment. Le colonel Ely devra nous expliquer, et non faire comme si nous avions oublié nos martyrs, sans aucun mot de regret de la part de la junte en place alors qu´ils étaient tous là, lorsqu´on massacrait les militaires à Inal, Zreida Azlat, Aleg et partout dans la vallée du fleuve Sénégal. Ely Ould Mohamed Vall est l´un des principaux artisans de ces violations très graves des droits de l´homme, nous attendons de lui et de son équipe qu´ils nous donnent des explications claires sur ce qui s´est passé. Je note qu´après bientôt un mois d´exercice du pouvoir Le colonel Ely ne s´est pas adressé à la Nation, quel respect pour notre peuple ! Il y´ a des choses qui ne peuvent se passer qu´en Afrique.
FLAMNET : Pensez vous que le CMJD est capable de mener les grands changements et qu´attendez vous de la nouvelle équipe ?
OUSMANE SARR : Le CMJD a certainement les moyens d´apporter beaucoup de changements, mais a-t-il réellement la volonté de le faire, personnellement j'en doute. Je ne suis pas entrain de dire qu´il ne faut pas discuter ou participer à la vie politique du pays mais c´est juste mon sentiment que je livre là. L´idéal serait que les Maures et les Noirs s´asseyent pour dire s´il veulent encore vivre ensemble ou se séparer, quelle sorte d´Etat ils veulent et répondre en toute franchise à ces questions. Je pense que le CMJD , ce cercle d'anciens fidèles de Taya, ayant partagé avec lui son idéologie d´une Mauritanie exclusivement arabe, n'a ni le courage, ni la lucidité nécessaires d'aborder et encore moins, de résoudre ces problèmes. Combien importants, pour l´avenir de notre pays.
Par ailleurs, il me semble que les intérêts géopolitiques aussi bien sur le plan régional, qu´international n´exercent pas de fortes pressions susceptibles de contraindre la junte à remettre le pouvoir rapidement aux politiques, et pour cause, tous paraissent assoiffés d´éventuels profits qu´ils pourraient tirer du pétrole. C´est vous dire combien le sort des Mauritaniens les importe peu. Non je crois que le CMDJ partira sans régler les questions de la cohabitation, de l´esclavage, de la pauvreté et n´aidera pas à une redistribution équitable des ressources nationales. Pour qu´il y ait de vrais changements la volonté du CMJD à elle seule ne suffit pas. Il faut aussi celle de la composante arabe qui s´est accaparée tous les rouages de l´Etat et qui esquive de façon délibérée ces questions essentielles. Le CMDJ, s´il accepte d´être arbitre de la démocratisation, et sur les questions telles que la cohabitation et l´esclavage, devrait, à mon avis, organiser un débat national en vu de régler définitivement ces problèmes qui plombent si lourdement l´avenir de notre pays, et le CMJD n´aura pas vécu inutilement. Quant à nous de la diaspora mauritanienne, nous devons veiller à ce que ceux qui parleront à notre nom soient nos vrais représentants aussi la démarche pour unifier nos actions, loin de tout tapage médiatique et tout calcul politicien, consiste à recadrer rapidement les positions, à définir clairement les prérogatives de chacun, ses attributions et sa représentativité réelle.
Le CMJD ne sera pas épargné, nous ne saurons être des complices de combines farfelues au nom d´un idéal qui n´a rien à voir avec le nôtre.
FLAMNET : Tout récemment Maître Abdoulaye Wade pdt de la république du Sénégal a reçu une délégation de l´opposition mauritanienne en exil et cette rencontre a suscité un grand débat au pays entre les partisans et les détracteurs de l´initiative, que pensez-vous de la rencontre de Dakar et de la déclaration?
OUSMANE SARR : Je voudrais avant tout remercier le président Wade ,un grand homme qui a compris ce que doivent être des relations de bon voisinage , J’ adhère à la vision qu’il a de ce que devraient être les relations entre le Sénégal et la Mauritanie , il a tout dit et ceux qui sont bien intentionnés peuvent comprendre le message d’ espoir et d’ amitié du président Wade et les autres doivent se rendre à l’ évidence que la Mauritanie se situe bien en Afrique de l’ Ouest , au Nord du Sénégal comme je dois savoir parfaitement que notre pays est au sud du Sahara ou du Maroc .Nos compatriotes , ceux qui se sentent vexer par une simple rencontre du président Wade avec des opposants mauritaniens à Dakar doivent changer de pays et ce tintamarre cache mal leur souhait de voir le régime de l’ arbitraire perdurer en Mauritanie et ce n’ est pas sérieux. Concernant la déclaration de Dakar, je la soutiens totalement même si , avec la délégation qui s’est rendue sur place on aurait pu, à mon avis, se concerter en toute transparence .Ce coup est parti, pas d’état d’âme !
FLAMNET : Vous êtes un rescapé de Zreida et de Oualata que pensez vous maintenant du colonel Taya qui vit en exil comme vous et moi ?
OUSMANE SARR : Eh oui, le colonel est encore très loin de Zreida et Oualata mais il peut commencer à faire ses provisions de « cubes maggi » car là-bas les Cubes étaient de mauvaises qualités et le riz bien dégoûtant, afin peut être que même en prison les maures peuvent être mieux traités, j´attends de rencontrer Hannana et ses compagnons pour confronter nos expériences. En attendant Taya peut se promener à la recherche d´un toit sûr. Et peut être que la justice des hommes le rattrapera un jour avant celle de DIEU.
FLAMNET : Vous étiez à Oualata condamné pour conjuration contre Taya, pouvez vous revenir sur ce putsch que certains qualifient de putsch « ethniciste »? Des mouvements comme le MND avaient à l’époque demandé vos « têtes » et pourtant ces « anti-putschistes » applaudissent aujourd’hui le putsch réussi du 03 Août et veulent même participer á un " gouvernement de transition " avec les putschistes, que dites- vous de cette sentence de l’histoire?
OUSMANE SARR : Avant l´exil j´ignorais beaucoup de chose, et je ne suis pas le seul dans cette situation, je pense que le MND aussi a certainement évolué dans son jugement de la politique nationale et des réalités de la cohabitation Maures -Noirs. La vérité c´est que la plupart des mauritaniens ne pensaient pas qu´un des leurs puisse être aussi criminel que TAYA, malheureusement ils s´étaient trompés. Beaucoup de nos compatriotes et jusqu´ aux pays voisins ont du mal à lire « l´apartheid mauritanien », cela peut expliquer que le MND se soit trompé, j´espère seulement qu´il le regrette et que cela lui serve de leçon.
Concernant la tentative du coup d´état des Noirs il y a eu beaucoup de récits des interprétations, je vais vous dire un peu ce que j´en sais. Je faisais parti, sans prétention, du petit cercle de militaires qui avaient décidé que le coup d´état aurait lieu le 22 octobre au soir. J´étais envoyé par des sous officiers pour négocier avec des officiers qui, pensait-on, étaient prêts à agir. Je crois que notre échec vient de là. Ce jour nous avions dévoyé l´armée, je veux dire au plan de la logique même de l´esprit militaire nous avions faussé les règles du jeu. Effectivement lorsque j´ai rendu compte de ma rencontre avec les officiers, les sous-officiers se sont emballés, certains ont considèré que l´adhésion des officiers à notre projet était, déjà la réussite assurée. Voila, à partir de là, il n´y avait plus de grade c´était l´indiscipline ennemie de toute organisation de masses. Ça c´est la partie que Boye Alassane ne livre pas, il ne vivait pas à Nouakchott. Les officiers, presque tous, versaient dans la facilité oubliant de mettre en place un plan en cas d´échec avant l´heure H (arrestation, dénonciation....).ça c´est au plan militaire. On peut dire ce qu´on veut mais les concepteurs du coup n´étaient pas des ethnicistes ou des racistes, au contraire ils étaient persuadés que la Mauritanie appartenait à toutes les ethnies, toutes les races, il n´a jamais été question de changer de drapeau, d´hymne ou de monnaie. Ce n´est pas que cela ne soit pas envisageable mais pour les officiers de 1987, ils étaient simplement des mauritaniens qui, par réaction à l´injustice suite à la publication du Manifeste du Négro-mauritanien opprimé et les arrestations des cadres Noirs de 1986, avaient senti le danger arriver les déportations,les massacres, les violations graves des droits de l´homme et la chasse aux Négro-africains dans l´armée d´abord et dans l´administration à partir des événements de 1989 ont fini de les donner raison. C´est dans le silence complice que Mr Boubacar Ould Messoud a confessé récemment dans le site avomm « rubrique projecteur » que tout s´est passé. La tentative du coup d´ETAT de 1987 attribué aux noirs n´était pas dirigé contre les Maures, même s´il a été conçu par des officiers Noirs. Celui du 3 août a été conçu par des Maures, et personne ne pensera à les taxer d´ethnicistes, les perdants ont toujours tort.
FLAMNET : Vous êtes parmi les derniers à voir vivants nos martyrs du 6 Décembre 1987 que retenez vous de vos derniers moments avec ces camarades qu´avez-vous à dire d´eux ?
OUSMANE SARR :
En effet : La djellaba blanche à rayures noires de Sarr Amadou
Le boubou en bazin bleu indigo de Sy Saidou
La djellaba Mauve de Bâ Seydi
Le sourire malicieux de Sarr Amadou
La vivacité et la joie de vivre de Bâ Seydi
La sérénité devant l´épreuve de Sy Saidou
J´ai mémorisé à jamais chaque instant où j´ai croisé ces hommes, je pense que très honnêtement à un moment j´ai prié le ciel pour que Maawiya nous tue ensemble, c´est tellement injuste qu´ils soient tués, même avec nos 20 ans de travaux forcés et autres condamnations à perpétuité dans des conditions inhumaines de détentions, devant leurs enfants ou leurs épouses nous baisserons toujours les yeux. La motivation de tout mon combat aujourd´hui est là. Je ne peux donner d´anecdotes les concernant, j´ai peur de trahir leurs mémoires.
FLAMNET : Où en êtes- vous ,monsieur le président, avec la plainte contre le colonel Taya et comme Dieu fait bien les choses vous savez qu’ il ne jouit plus de l’ immunité , avez –vous réactivé la plainte après sa destitution ? Je sais que vous étiez à Bruxelles tout récemment, était-ce dans ce cadre ?
OUSMANE SARR : Aujourd´hui, nous avons toutes les raisons d´être optimistes. Le dictateur mauritanien n´étant plus protégé par son immunité de chef d'Etat, nous nous attendons à ce que notre plainte pour crime contre l'humanité à l'encontre de Taya soit soumise à la chambre des mises en accusation près de la Cour d'Appel de Bruxelles en vue de son éventuel renvoi devant une Cour d'Assise. Ce n´est qu´une question de temps. Une fois que nous aurons obtenu sa condamnation, nous comptons travailler en concert avec les associations arabes des Droits de l´Homme, pour nous aider à le débusquer du Qatar et à le livrer à la justice.
C´est aussi l´occasion de dire à tous ceux qui peuvent porter plainte de le faire ce n´est jamais tard.
FLAMNET : Que pensez -vous des Flam et de leur site Flamnet ?
OUSMANE SARR : Un site militant, un forum engagé, un lieu de rencontres et d´échanges dédié à tous les Mauritaniens. Un symbole qui fait vivre la mémoire mauritanienne et qui rend hommage aux victimes du racisme. Un site de défense des Droits de l´Homme en Mauritanie .Quant aux Forces de Libérations Africaines de Mauritanie, elles peuvent être fières du travail accompli.
FLAMNET : Comment se porte l´ AVOMM aujourd´hui, Monsieur le président ?
OUSMANE SARR : L´AVOMM continue tranquillement son petit bout de chemin et franchement beaucoup mieux que je ne l´avais trouvée le 27 Mars 2004. Permettez moi de féliciter ses membres et surtout son bureau exécutif, des hommes et des femmes intègres, compétents au service d´un idéal de justice et des droits de l´homme pour une Mauritanie digne et prospère.
Un mot pour Mohamed Dogui notre webmaster : Merci Mohamed de ton engagement et ton soutien de tous les instants.
FLAMNET : Votre dernier mot mon « commandant » (rires) ?
OUSMANE SARR : Je saisis l´occasion qui m´est offerte par votre tribune pour dire au CMJD et à son gouvernement provisoire que nous resterons toujours debout dans l´affirmation de tous nos droits et dans notre revendication de la justice. Et à ceux qui, dans le camp de l´opposition, s´agitent et n´hésitent pas à tirer dans tous les sens, ou à se préparer à tous les marchandages et à toutes les trahisons, bref à démolir le travail que tous ces militants ont accompli et pour lequel ils se sont sacrifiés toutes ces années, que nous les combattrons, sans aucune concession.
Je vous remercie. La lutte continue !
FLAMNET : Merci camarade et courage ! Oui, La lutte continue !