
IRABIHA MINT ABDEL WEDOUD
Présidente du Forum national pour la promotion des droits de la femme et de l’enfant (FNPDFE)
«C'est un impératif que toutes parties prenantes débattent avec franchise et respect du projet de société tel que proné par les Flam, et alors on sera surpris de se rendre compte que ce sont des idéaux d'unité et non de division et de haine xénophobique, en tout cas c'est ce que je pense, aprés avoir analysé sereinement le Manifeste du Négro-mauritanien opprimé»
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FLAMNET: Chère compatriote voulez-vous vous présenter aux lecteurs de Flamnet et aux mauritaniens d´une manière générale?
IRAHIHA MINT ABDEL WEDOUD : Bonjour, je suis Irabiha Mint Abdel Wedoud, présidente du Forum national pour la promotion des droits de la femme et de l’enfant (FNPDFE) et militante des droits humains en Mauritanie.
FLAMNET: Voulez-vous nous parler de votre organisation Le forum national pour la promotion des droits de la femme et de l’enfant (FNPDFE)?
IRAHIHA MINT ABDEL WEDOUD : Notre organisation a pour objectif de sensibiliser les populations sur les droits humains de la femme et de l’enfant et d’entreprendre des plaidoyers auprès du Gouvernement pour l’effectivité de ces droits.
Quel est son domaine d´intervention et quelles sont ses réalisations concrètes sur le terrain?
Nous avons mis en place une clinique juridique depuis 2001 pour l’assistance aux femmes et enfants devant les tribunaux ainsi que leur prise en charge sociale à travers des activités génératrices de revenus pour les familles défavorisées.
Nous organisons également des sessions de sensibilisation pour les acteurs judiciaires et extrajudiciaires sur les protocoles de prise en charge des femmes victimes de violences ainsi que de nombreuses campagnes d’information sur les dispositions des conventions internationales ratifiées par la Mauritanie ; Notre ONG coordonne à cet effet les rapports alternatifs présentés par la société civile devant les Comités des Nations Unies tels que le Comité de suivi de la Convention pour l’élimination des discriminations à l’égard des femmes et le Comité des droits de l’enfant.
Nous assurons le suivi évaluation des observations conclusives du Comité CEDEF pour la période 2007-2010.
Enfin, notre organisation à élaboré en mars 2007 une Charte de promotion des femmes, que le Président de la République a signé en tant que candidat aux élections présidentielles et qui prône un ensemble de mesures dont un quota minimum de 20% des femmes aux postes de responsabilité de l’administration publique.
FLAMNET: Vous avez participé tout récemment à une rencontre de l'Initiative des femmes pour la paix, l'unité et la concorde nationale pouvez-vous nous faire le résume de ce colloque ou séminaire et quelles sont ses conclusions.
IRAHIHA MINT ABDEL WEDOUD : Ce colloque, a permis aux participants et participantes de dégager une série de recommandations dont :
- une meilleure implication des femmes dans les travaux de la Commission nationale chargée du dossier des déportés et du passif humanitaire ;
- le rôle efficient des femmes dans la cohésion et l’unité nationale ;
- Les mécanismes de lutte contre les velléités divisionnistes de tous bords, qui tendent à diaboliser les réfugiés et font propager l’amalgame entre le différend avec le Sénégal et les violations de droits de l’homme qui ont conduit à la déportation de nos frères.
En définitive, cette rencontre nous a permis de mettre en exergue le fait que les femmes ont toujours été gardiennes de la paix et de la concorde nationale, et que c’est donc un moment historique que l’on veut accompagner pour assurer une véritable unité de la grande famille mauritanienne qui va enfin se retrouver après de si douloureux événements.
FLAMNET: Aujourd´hui on parle beaucoup de la question des réfugiés et du passif humanitaire qu´en pense votre organisation sur ces questions et que faites-vous pour apporter votre soutien à ces femmes et enfants déportés, les veuves et orphelins?
IRAHIHA MINT ABDEL WEDOUD : Notre organisation, comme toutes les autres ONG de défense des droits humains, se sent concernée au premier degré par la problématique du retour de nos frères réfugiés ; le passif humanitaire devait aussi faire l’objet d’un consensus entre les victimes et ayants droits , le gouvernement, et les organisations de droits de l’homme impliquée.
Seule une approche de dialogue constructifs entre les différentes parties concernées pourra faire la lumière sur les douloureux événements, dégager les responsabilités de chacun, indemniser les victimes et ayants droits, et panser les plaies à jamais.
Enfin, notre ONG compte mettre en oeuvre un projet spécifique à la réinsertion des femmes et enfants déportés, en concertation avec les bénéficiaires eux même et les partenaires au développement.
FLAMNET: L´assemblée nationale vient de criminaliser l´esclavage, pensez-vous qu´avec cette loi on peut combattre définitivement l´esclavage ou doit-on accompagner cette loi par d´autres mesures plus efficaces?
IRAHIHA MINT ABDEL WEDOUD : La criminalisation de la pratique de l’esclavage dénote d’une volonté politique certes, mais elle devrait être assortie de mesures concrètes d’accompagnement telles que les campagnes de sensibilisation du large public, l’assistance des victimes de la servitude devant les tribunaux et leur prise en charge sociale à travers des activités génératrices de revenus ; De même qu’il faudrait harmoniser le corpus législatif avec cette loi, en assurant l’égal accès pour tous à la propriété foncière et à l’éducation et enfin, la suppression des ghettos tels que les Adwabas, ou les anciens esclaves sont encore relégués comme du bétail !
FLAMNET: L´identité de la Mauritanie est au centre des débats dans les journaux et sur le net que pense Irabiha sur cette question?
IRAHIHA MINT ABDEL WEDOUD : Je pense que le débat sur notre identité en tant que Mauritanien devrait se renforcer et être mis au grand jour à travers une large concertation nationale, dans des Etats généraux.
Que l’on soit d’une ethnie ou d’une autre, nous somme un même peuple, une même Nation, et nos différences nous enrichissent, mais il faut savoir s’écouter mutuellement et ne pas se regarder en chiens de faïence.
Il faut une forte dose de respect et de tolérance pour déconstruire des stéréotypes raciaux qui ont sapé l’unité nationale des années durant.
FLAMNET: Pensez-vous que la réconciliation est toujours possible après ces années de déchirure et de violations massives des violations de droits de l ´homme quel est votre rêve pour la Mauritanie de demain et comment faire pour résoudre ce que nous appelons la question nationale ?
IRAHIHA MINT ABDEL WEDOUD : Je crois que nous avons la volonté politique requise pour panser les plaies, mais il reste à la société civile de mieux s’organiser pour dégager un plan d’action opérationnel à même de résoudre la problématique de la réinsertion de nos frères réfugiés en assurant leurs droits et en garantissant leur dignité.
Il faudrait vraiment une très forte mobilisation de toutes les organisations de la société civile pour s’approprier le flambeau revendicatif des mauritaniens et mauritaniennes qui ont été meurtris par la déportation et les violations de droits de l’homme.
FLAMNET: Que pensez-vous des FLAM et de leur lutte? Lisez-vous flamnet et que pensez-vous de notre site?
IRAHIHA MINT ABDEL WEDOUD : Les FLAM sont une organisation de défense des droits humains et en cela, je les respecte, malgré le fait qu’ils ont été diabolisés pendant les années de dictature.
C'est un impératif que toutes parties prenantes débattent avec franchise et respect du projet de société tel que proné par les Flam, et alors on sera surpris de se rendre compte que ce sont des idéaux d'unité et non de division et de haine xénophobique, en tout cas c'est ce que je pense, aprés avoir analysé sereinement le Manifeste du Négro-mauritanien opprimé.
Je lis très souvent leur site Flamnet et je voudrai qu’il s’ouvre plus souvent à toutes les voix des mauritaniens , quelles que soient leurs origines ethniques ou obéïdiences politiques, afin d’assurer un dialogue sincère et respectueux et que la lutte pour les droits des négro mauritaniens soit celle de tous les Mauritaniens épris de liberté et de démocratie.
FLAMNET: Votre dernier mot pour nos lecteurs ou avez-vous un appel à lancer aux mauritaniens?
IRAHIHA MINT ABDEL WEDOUD : Je voudrai que nous prenions tous conscience que les clivages ethniques, que la haine mutuelle et le non respect des droits de humains, sont le pire fléau que nous pourrions connaître. Il faut que nous attelions tous vigoureusement à déconstruire les barrières, les forteresses, qui ont été érigées par des années de dictature.
Nous devrions revenir aux sources de notre Sainte religion qui nous unie, sur un même pied d’égalité.