Bas résille, talons compensés,
adorable tailleur noir qui souligne la taille fine, Fanny Ardant fait une
entrée remarquée dans les salons d'un grand hôtel de la Rive gauche.
Elégante, oui, mais vivante. Rien d'une potiche ou d'une belle pour papier
glacé. C'est cette féminité qui charme chez elle. Une féminité qu'elle va
mettre au service de Médée, de Cherubini. Jean-Paul Scarpitta, le
metteur en scène, a invité l'actrice à être la récitante aux côtés
d'Anne-Marguerite Werster (Médée), de Vincent Le Texier (Créon), de Zoran
Todorovich (Jason), tous au service de cet opéra tragédie tiré de la pièce
d'Euripide, interprété par l'orchestre national de Montpellier, placé sous
la direction d'Alain Altinoglu.
Femme fière, blessée à mort, c'est ainsi que Fanny approche le personnage de
Médée : «Je ne vois pas un monstre en elle, mais une femme qui refuse les
petits arrangements. Elle ne veut pas s'apaiser ; elle veut aimer. On nous
apprend à courber le dos, à vivre de compromis pour devenir des animaux
sociaux. Médée refuse. Elle n'est pas une bonne citoyenne ; c'est de la
dynamite.»
On sent que le personnage trouve en elle des correspondances. «J'aime
qu'elle aille droit devant.» Il lui a fallu de l'audace, de la force, un
signe du destin pour plonger tête la première dans le bain théâtral, elle,
fille d'officier, élevée à Aix-en-Provence, loin des odeurs de fard et du
velours des théâtres. Car elle a débuté sur les planches au sein de la
compagnie Théâtre et Lumière dirigée par Dominique Leverd.
Trente ans déjà, elle n'a pas oublié. «Je n'ai aucun regret.» Depuis,
révélée par Nina Companeez dans Les Dames de la Côte, elle a brillé
au cinéma, césar de la meilleure actrice pour Pédale douce, émouvante
au théâtre dans La Musica, de Marguerite Duras, carnassière
malicieuse dans Sarah, auprès de Robert Hirsch.
Scarpitta loue la «liberté magnifique» de l'actrice. Elle a accepté
le projet, portée par un double bonheur. «On ne peut pas résister à cette
musique», dit-elle, mélomane, pianiste à ses heures. Quant au rôle,
Médée, peut-on lui tourner le dos ? «Il y a des rôles qui sont comme des
chants de sirène. Comment les refuser ? Il faut y aller.»
De la majesté des lieux, les arènes de Nîmes, à la beauté de la partition –
«la musique, pour une actrice, c'est un ange gardien» –, elle aime
tout de cette aventure placée en plein air. «Cela ne me fait pas peur. Au
contraire. J'ai adoré participer aux Nuits de Gordes animées par Antoine
Bourseiller, avec Phèdre, de Britten.»
Bien sûr, elle a applaudi la Médée jouée par Fiona Shaw dans une mise en
scène de Deborah Warner. «C'est un grand souvenir de théâtre.
Intelligence du texte, sensibilité, énergie des acteurs, c'était la
perfection. On comprenait tout. J'étais scotchée. Au théâtre, le rôle du
metteur en scène est très important.»
Elle sait de quoi elle parle. A la rentrée, au Théâtre de la Madeleine, elle
jouera La Bête dans la jungle, avec Gérard Depardieu, mise en scène
par Jacques Lassalle. Un metteur en scène qui n'a pas la réputation de
laisser ses comédiens compter les mouches au plafond. «J'adore
travailler, creuser un personnage. Le théâtre est d'essence passionnelle,
presque conjugal. C'est pourquoi il est si important d'être les uns et les
autres sur la même longueur d'onde.»
Elle incarnera le personnage féminin
de la nouvelle d'Henry James portée à la scène par James Lord, adaptée en
français par Marguerite Duras. «Cette femme est tout le contraire de
Médée. C'est une mystérieuse, beaucoup plus douce, en demi-teinte. J'adore
l'écriture de Marguerite Duras. C'est une joie de dire son texte.»
Pour le moment, elle serre les
dents, ravie, chahutée, future Médée au coeur de l'arène. «J'ai
l'impression d'être dans la chaloupe juste avant le débarquement.
Angoissant, enivrant. On n'est pas obligé de réussir pour entreprendre.»
Une idée tonique, audacieuse, qui la fait avancer, moteur de tout-terrain
sur une carrosserie de formule 1.
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